A constitution géognostique du Grand Atlas est à peine indiquée par les voyageurs européens qui ont franchi cette ligne de montagnes; nous savons seulement qu’il est formé d’une roche de quartz et de mica, appelée gneiss; qu’on distingue au-dessous de celle-ci un calcaire de sédiment inférieur, et que les couches du calcaire, primitivement horizontales, sont devenues presque perpendiculaires, par la puissance d’un soulèvement dont il est impossible d’assigner l’époque. Des roches quartzeuses, le grès, et un calcaire grossier ferrugineux, parsemé en beaucoup d’endroits de corps organisés et de pétrifications de toute espèce, paraissent constituer la plupart des collines qui se ramifient entre le grand et le petit Atlas. Les collines par lesquelles l’Atlas se termine dans le désert de Barcâh, sont des masses calcaires blanches; l’Haroudjé blanc est de ce nombre. Quant à l’Haroudjé noir, peut-être son noyau est-il calcaire, mais il n’offre que des mamelons de basalte, ainsi que l’a observé Hermann; on croit que c’est le mont Ater des anciens.

Le sous-sol des plaines est généralement argileux ou calcaire à Alger, siliceux à Bône, et calcaire ou schisteux à Oran. Le sol de la Mitidja est entièrement formé par un terrain d’alluvion. Ce sont des couches horizontales de marnes argileuses et grisâtres et de débris pierreux de différentes natures. On a encore observé que l’Harrach roule des marbres blancs et veinés, des grès, des spaths calcaires, des pierres ferrugineuses, des stalactites et des morceaux de fer, et que des troncs et des feuilles de plantes ont laissé très distinctement leur empreinte diversifiée sur ces nombreuses substances. Dans les plaines d’Oran, l’humus est beaucoup moins abondant que dans la Mitidja, et ne dépasse guère une épaisseur moyenne de sept pouces. C’est en quelques endroits une marne jaune, et ailleurs une argile rouge ou blanche. Quant à la terre végétale des plaines de Bône, elle se recommande par sa profondeur et son excellente qualité.

Les Romains avaient découvert des mines de toute espèce dans leur province d’Afrique; ils faisaient surtout un très grand cas des marbres de la Numidie, qui étaient d’un beau jaune uni, ou tacheté de diverses couleurs. Depuis, en traversant dix siècles de vicissitudes, la connaissance de ces exploitations s’est entièrement perdue; et le gouvernement algérien, avec son insouciance ordinaire, n’a voulu prendre aucune mesure ni tolérer aucune tentative qui aurait eu pour objet d’en retrouver les traces. Les preuves de l’existence de ces trésors souterrains ne s’en montrent pas moins partout à nu sur les flancs ravinés des montagnes. Les calcaires gris et noirs qu’on voit alterner avec les marnes schisteuses et le phyllade, et les schistes talqueux du Petit-Atlas et du massif d’Alger, ont fourni ou pourraient donner des grès, du marbre blanc, de l’ardoise, et des terres pour la fabrication des tuiles, des briques, etc. Dans les vallées de l’Arbâ et de l’Oued-el-Akhra, on a trouvé plusieurs carrières de gypse ou de pierre à plâtre; et plus loin, dans les gorges de l’Atlas, de très beaux marbres statuaires, de l’albâtre, de l’ocre jaune, de la terre de pipe et du blanc d’Espagne. Le calcaire tertiaire d’Oran a été employé de tout temps aux constructions de la ville. Trois gros bancs en pleine exploitation, dans la carrière de Saint-André, donnent de très belles pierres de taille.