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les anciens, le Mont Atlas était un héros métamorphosé
en pierre; ses membres robustes étaient devenus autant
de rochers; il portait l’Olympe entier avec toutes ses étoiles,
et ne succombait point sous un tel fardeau; sa tête, couronnée
d’une forêt de pins, était toujours ceinte
de nuages ou battue des vents et des orages; un manteau de neiges
couvrait ses épaules, et de rapides torrents coulaient
de sa barbe antique (Dans les idées populaires de la géographie
ancienne, l’Atlas était à la fois la colonne
sur laquelle reposait le ciel, et la borne où finissait
le monde. L’Atlas était dépeint par les géographes
de l’antiquité comme un sanctuaire impénétrable,
plein de désordres, de mystères et d’horreurs).
Cette personnification majestueuse et poétique de l’une
des plus remarquables montagnes de l’ancien monde est
en partie justifiée par le peu de largeur que présentent
les bases du haut Atlas. Cette chaîne, vue de profil,
ainsi que le fait observer M. de Humboldt, apparaissait aux
anciens navigateurs comme une colonne aérienne isolée,
supportant la voûte du ciel: de cette configuration à
la tradition mythologique, il n’y avait qu’un pas;
aussi s’est-elle conservée intacte de génération
en génération jusqu’à nous. Un fait
incontestable, c’est qu’aucun voyageur, pas même
les caravanes les plus lentes, ne mettent plus de trois jours
pour se transporter des plaines du nord-est à celles
du sud-est.
Dans
le système atlantique sont comprises toutes les montagnes
qui bordent l’Océan et la Méditerranée,
depuis celles appelées Montagnes Noires, près
du cap Bojador, jusqu’au désert de Barcâh.
Ce que l’on nomme proprement Atlas, est un groupe de plusieurs
chaînes parallèles qui reçoivent différents
noms des géographes. Le Grand Atlas borde l’empire
de Maroc; le Petit Atlas commence à Tanger, près
du détroit de Gibraltar, et se prolonge jusqu’au
golfe de Sidre. On y remarque les monts Gharian ; plusieurs
rameaux s’en détachent sous les noms de monts Haroudjé,
que les Arabes distinguent en Haroudjé-el-Açouad
ou Haroudjé noir, et en Haroudjé-el-Abiad ou Haroudjé
blanc; d’autres rameaux portent les noms de monts Tiggerendoumma,
Tibesty, Haïfath, ce sont ceux qui vont se terminer dans
les déserts de Libye et de Sahara. La troisième
chaîne de l’Atlas est celle des monts Ammer, dans
l’Algérie, qui joint le Grand et le Petit Atlas
aux Montagnes Noires, et dont les rameaux circonscrivent le
Fezzan . C’est dans l’empire de Maroc, principalement
à l’est de la ville de Maroc et au sud-est de celle
de Fez, que l’Atlas atteint sa plus grande hauteur; c’est
là aussi que se trouvent concentrées les neiges
éternelles. Puis, à mesure qu’il s’avance
vers l’est, l’Atlas se dégrade proportionnellement,
de telle sorte que les sommets qui se trouvent sur le territoire
algérien sont plus élevés que ceux de Tunis,
et que ces derniers dépassent, à leur tour, les
pics de la régence de Tripoli. Quoiqu’on n’ait
pas encore fait des relevés rigoureusement exacts de
ces divers sommets, on peut néanmoins établir
que les points culminants du Grand Atlas, dans l’empire
de Maroc, ne s’élèvent pas au-dessus de
4 000 mètres, et que ceux d’Alger ne vont pas au-delà
de 3,000.
Dans
l’Algérie, l’Atlas se prolonge parallèlement
à la côte, et traverse cette province dans toute
sa longueur. A son point culminant, il se déroule ou
plutôt il s’épanouit en une vaste chaîne,
dont la masse complexe, imposante, sépare le territoire
d’Alger proprement dit du Sahara et le protége
contre l’influence des vents du désert. Puis vers
le nord, au-delà des plateaux adossés à
cet immense rempart, comme une suite de terrasses, une seconde
chaîne, sous le nom de Petit Atlas, s’étend
parallèlement à l’autre, de l’est
à l’ouest, en suivant le littoral dans toute sa
longueur. Celle-ci est le point de départ d’une
multitude de ramifications qui se rattachent à la grande
ligne du Sahara, ou s’avancent abruptement dans la direction
de la Méditerranée, et quelquefois jusque sur
la côte.
Plusieurs
défilés d’une physionomie pittoresque et
sauvage se dessinent entre les chaînons multipliés
de l’Atlas; les Turcs les appelaient Demir-Capy (Portes
de Fer). Ce sont, en effet, de formidables portes, toutes taillées
pour les besoins de la guerre, et dont quelques hommes peuvent
facilement défendre l’accès. Le plus occidental
de ces cols, dans le grand Atlas, est celui qui a reçu
le nom de Bab-el-Soudan (Porte du Sultan). Les plus remarquables
de l’Algérie sont les Bibans et le Teniah de Mouzaïa,
tous les deux franchis par l’armée française
sous les ordres du duc d’Orléans, Là où
l’écartement des montagnes a laissé de plus
grands intervalles, se développent de fraîches
vallées et de vastes plaines à l’est d’Alger,
on cite les plaines de Constantine et celle de Bône, connue
sous le nom de la Boujimah; à l’ouest, les bassins
du Chélif, de l’Habrah, donnent la plus haute idée
de la fécondité de cette partie de l’Afrique.
Dans les environs de Mostaganem, de Mazagran, d’Arzew,
de Mascara, de Tlemcen, de La Calle, il y a aussi bon nombre
de vallées susceptibles d’une riche culture; enfin,
à quelques lieues de la capitale se trouve la Mitidja,
la plus vaste et la plus belle plaine de l’Algérie.

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