e jeudi 16 septembre, à cinq heures du matin, on quitte la Casbah ; on laisse de côté ce fort de la Mouna, degré inférieur des fortifications de l’ouest, et on suit le chemin neuf ouvert en grande partie dans le roc vif, par les soins du génie, pour établir une communication facile entre Oran et Mers-el-Kebir. Mers-el-Kebir, où l’on arrive à six heures, et qui a conservé ses fortifications espagnoles, est le véritable port d’Oran, dont la rade n’est pas abritée.

Le vent était favorable ; le Phare et son équipage prennent rapidement la direction d’Alger. Vers midi le golfe achève de dessiner son anse profonde, large croissant au fond duquel repose Mostaganem. Le bâtiment cingle sous de larges cavernes dans lesquelles on assure que les lions viennent chercher un abri pendant la saison des pluies. La côte n’offre plus ça et là que les tombeaux des santons, placés toujours, selon l’usage sur les points les plus élevés. La terre s’étend jaune et nue jusqu’à l’horizon des montagnes bleues qui la séparent du désert.

Le vendredi 27 on aperçoit Sidi-Ferruch, où débarquèrent les Français en 1830, sous les ordres du général Bourmont, entreprise aussi habile dans sa conduite et aussi grande dans son accomplissement qu’elle avait été hardie dans sa conception, et qui ne s’effacera jamais de la mémoire des hommes. Le convoi salue Sidi-Ferruch, et bientôt après apparaissent les belles collines du Sahel, dont la riche verdure est semée çà et là de blanches habitations. Peu à peu les aspects se rapprochent et les détails deviennent plus distincts, les palmiers montent dans l’air d’un seul jet, des caroubiers gigantesques étalent leurs vastes rameaux, quelque chose se meut au rivage ; déjà des barques nombreuses courent emportées par leurs voiles triangulaires : tout annonce l’approche d’une grande ville. Enfin le rideau vert de l’horizon se déchire, un large sillon blanc descend du sommet des coteaux, et va s’épanouissant toujours jusqu’à la mer : on dirait un éboulement du terrain qui a mis le sable à découvert, une crête de rochers nus qui percent le sol, une carrière de marbre qui vient de s’ouvrir. C’est Alger.